Le premier détective

Le premier détective

Sherlock Holmes, Jean Valjean et le FBI peuvent tous trouver leurs racines dans un Français qui a transformé une vie de crime en une vie de lutte contre la criminalité.

DÉDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITÉ

En 1809, Eugène François Vidocq (prononcé vee-DOCK), un petit criminel âgé de 34 ans, effectuait un autre séjour dans une prison française, cette fois-ci pour faux. Eugène Vidocqs avait été emprisonné à l'adolescence pendant son adolescence. L'un d'entre eux était un bagarreur et un coureur de jupons qui buvait difficilement et qui ne tardait pas à défier un homme en duel. L’autre était un homme de famille charismatique qui avait le don de gagner la confiance des gens… pour qu’il puisse les arnaquer. C’est ce personnage que Vidocq a utilisé en prison pour gagner la confiance de certains des criminels les plus notoires de Paris. Puis il a communiqué leurs plans au chef de la police de la ville, Jean Henry.

Pourquoi l'escroc s'est-il soudainement transformé en informateur? D'une part, Vidocq faisait face à une longue peine de prison et peut-être à la guillotine. Mais il était également fatigué de vivre sa vie en fugitif. Il avait déjà essayé d’être légitime avant, et cette fois, il voulait que ça reste. Donc, après avoir prouvé sa valeur à Henry, en 1811, le chef fit en sorte que Vidocq «échappe» à la prison, ce qu’il avait déjà fait de nombreuses fois auparavant. Après cela, Vidocq est devenu un espion sous couverture travaillant dans les rues de Paris. Il s’enfouit dans le monde criminel de la ville, souvent sous un déguisement, et rapporta ce qu’il avait appris au chef Henry. Les informations qu'il a obtenues ont mis des dizaines de ses anciens complices en prison… et en ont envoyé plusieurs autres à la guillotine. Et il commençait tout juste.

LA COLÈRE DE CON

Né en 1775 à Arras, une ville du nord de la France, les premières années de Vidocq ont été remplies d’aventures passionnantes. C’est-à-dire, si l’on en croit ses mémoires, qui, selon les historiens, étaient tout à fait décorées. Mais ce qu’on sait, c’est qu’il a passé son premier séjour en prison à 13 ans après avoir volé l’argent de son père et s’est enfui à 14 ans après avoir volé 2 000 francs (6 000 $ d’argent d’aujourd’hui) dans la boulangerie de ses parents. Puis, à 15 ans, il a rejoint le cirque (où il a mangé de la viande crue lors d’un spectacle extraordinaire). À ce moment-là, l’adolescent était déjà un voleur vétéran et un formidable tireur, une compétence qu’il avait apprise en tant que garçon. Pendant la Révolution française, Vidocq (aujourd'hui âgé de 16 ans) entra dans l'armée. Il a bravement combattu lors de deux batailles contre l'armée prussienne, mais sa carrière militaire a été de courte durée. Il mettait régulièrement au défi ses compagnons soldats de se battre en duel (il avait 14–2 selon son propre décompte) et avait même une fois agressé son commandant. À l’âge de 19 ans, Vidocq et ses supérieurs comprirent qu’une vie militaire n’était pas pour lui.

GANTS OFF

Après avoir passé sa vingtaine d'années à passer de la vie familiale (il s'est marié deux fois) à la vie de célibataire (il était connu comme joueur et homme à femmes) à la vie criminelle (il se faisait passer pour un autrichien pour pouvoir toucher l'argent de la veuve), que sa déclaration de culpabilité pour faux de 1809 serait sa dernière fois en prison.

Une fois à l’extérieur, Vidocq a pris son nouvel emploi d’espion avec beaucoup d’enthousiasme, mettant à profit ses compétences d’observateur et de maître du déguisement. Ces capacités, combinées à ses aptitudes supérieures au combat, ont rapidement prouvé qu'il pouvait être encore plus efficace que les flics ordinaires… parce qu'il n'était pas un flic ordinaire. Alors que les policiers parisiens étaient confinés dans leurs propres districts, permettant régulièrement aux suspects en fuite de s'enfuir, Vidocq ignorait simplement ces frontières et traquait obstinément ses cibles jour et nuit jusqu'à ce qu'elles soient appréhendées.

En 1811, Vidocq convainc le chef Henry de le laisser former une unité de police en civil qui serait libre de faire son travail sans entrave. Henry a accepté et Vidocq a rassemblé un petit groupe d'anciens condamnés comme lui. La division secrète de Vidocq commença bientôt à attirer le pire des enfers parisiens. Vidocq, à lui seul, a retrouvé un contrefacteur notoire et lui a avoué ses aveux, ce qui a conduit à une exécution.

BON FLIC…

En moins d’un an, Vidocq et ses agents secrets s’étaient révélés si efficaces qu’Henry en avait fait une unité officielle de la police parisienne appelée Brigade de la Sûreté. Un an après, l'empereur français Napoléon Bonaparte signa un décret renforçant la brigade. À présent, il s’agissait des forces de sécurité officielles de l’ensemble de la France et de Vidocq.

Au cours des 15 prochaines années, Vidocq a jeté les bases de ce qui deviendrait le détective de la police moderne:

  • Il a présenté le premier système de tenue des dossiers de la police, qui répertoriait tous les criminels français connus, avec la description physique de chacun, son historique d’arrestation et son mode de fonctionnement.
  • Vidocq a entraîné ses agents à utiliser des déguisements et à s’infiltrer sans être découverts. Aucune force de police n'avait jamais utilisé cette tactique comme jamais auparavant.
  • Il a inventé plusieurs techniques de criminalistique, notamment l'utilisation de l'écriture manuscrite pour identifier un suspect, le plâtre de Paris pour réaliser des empreintes de pas, et même la balistique des armes à feu. Dans une affaire de meurtre commis en 1822, Vidocq a été l’un des premiers enquêteurs de la police - sinon le premier - à avoir retiré une balle d’un cadavre afin de prouver qu’elle n’avait pas été tirée par l’arme du suspect.Vidocq a même essayé de développer un moyen d’enregistrer les empreintes digitales des criminels. (Cela n’a pas fonctionné, mais est ensuite devenu une pratique courante en matière d’application de la loi.)
  • Autre première: Vidocq a recruté des agents féminins pour s’informer et recueillir des informations.

…MAUVAIS POLICIER

Si novatrices que soient certaines des techniques de lutte contre la criminalité de Vidocq, beaucoup d’autres le feraient virer de force contre toute force de police moderne. Avec ses agents, il se livrait régulièrement à des actes de corruption, de piégeage, de perquisition illégale, de coercition et de violence pure et simple. Cela ne plaisait pas à beaucoup d’officiers de police parisiens légitimes, qui considéraient toujours Vidocq comme un fugitif parce qu’il n’avait jamais purgé sa peine. En 1818, le chef Henry accorda officiellement son pardon à Vidocq pour ses crimes. Mais le mauvais sang entre lui et ses collègues flics est resté.

Dans le même temps, la Sûreté ne cessait de rassembler de nombreux bandits, faussaires, contrefacteurs et tueurs parmi les plus célèbres de France. Dans les années 1820, l’agence, qui compte maintenant 28 agents, avait crédité de réduire la criminalité à Paris de plus de 40%. Vidocq est devenu un nom familier en France - un héros pour certains, un méchant pour d'autres.

Mais lorsque le chef Henry prit sa retraite en 1826, les jours de Vidocq au sein de la force étaient comptés. Le nouveau chef faisait partie de ceux qui s’opposaient à la bande de bandits de la Sûreté et s’efforçait de rendre les choses difficiles pour Vidocq et ses hommes. Après avoir reçu trop de plaintes concernant le comportement de ses agents - qui étaient, a-t-il admis, régulièrement vus avec des escrocs dans les tavernes et les bordels les plus bas de la ville - il a écrit au nouveau chef:

Pour vous épargner, monsieur, la peine de m'envoyer d'autres plaintes similaires à l'avenir et moi l'inconvénient de les recevoir, j'ai l'honneur de vous solliciter pour accepter ma démission.

En 1827, après 15 ans à la tête de la Sûreté, Vidocq redevint un civil.

AUTO-PROMOTEUR

En dehors de la force, Vidocq s'est essayé en tant qu'auteur et en tant qu '«homme d'affaires légitime». Il a écrit Mémoires de Vidocq: Maître du crime, qui décrit en détail ses aventures des deux côtés de la loi. Le livre a été un franc succès en France et a même été traduit en anglais. En 1829, un théâtre populaire de Londres dirigea une pièce basée sur le mémoire, appelée Vidocq! L'espion de la police française. Cela aussi a été un succès et Vidocq a volé haut. Maintenant dans la cinquantaine et vivant une vie confortable, il a ouvert une petite usine à papier à l'extérieur de Paris qui employait des anciens condamnés, hommes et femmes.

Malgré ses succès dans la vie civile, il est vite devenu évident que la lutte contre la criminalité était le destin de Vidocq. En 1831, au milieu des troubles politiques en France et de la nomination d'un nouveau chef de la police à Paris, Vidocq se retrouva à la tête de la Sûreté. Un an plus tard, il était de retour. Plutôt que de prendre sa retraite, il a écrit encore plus d’histoire.

VIDOCQ: P.I.

En 1833, Vidocq ouvrit Le Bureau des Renseignements au n ° 12 de la rue Cloche-Percé, dans le quartier du Marais à Paris. C’était la première agence de détectives privés au monde. En échange de frais, Vidocq ou l'un de ses agents (principalement d'anciens condamnés) pourchasserait des voleurs et des hommes de confiance, espionnerait les conjoints trompeurs, agirait en tant qu'exécutant pour recouvrer des dettes impayées ou ferait tout ce qu'un client payant voudrait. Non lié par la réglementation de la police, l'agence, qui comptait plus de 40 agents à son apogée, a résolu plusieurs affaires pénales très médiatisées qui ont fait les gros titres dans toute l'Europe.

Mais ces bustes ont eu un coût. La police parisienne a surveillé de près l’agence et a effectué plusieurs descentes au siège de Vidocq. Beaucoup de ses agents ont été arrêtés - parfois avec une cause, parfois sans. Vidocq lui-même a été arrêté plus d'une fois, ce qui lui a valu quelques séjours supplémentaires en prison

En 1848, Vidocq en eut assez et ferma définitivement l'agence. Même à 72 ans, il a refusé de prendre sa retraite. Il a pris en charge quelques cas indépendants, a continué de séduire des femmes et a même été arrêté une dernière fois pour bonne mesure. En 1854, le vieil homme survécut à une crise de choléra, mais son état de santé continua de se dégrader. Le 11 mai 1857, il meurt chez lui, à Paris, à l'âge de 82 ans.

DANS LA POUBELLE DE L'HISTOIRE

C’est étonnant, compte tenu de la vie historique de Vidocq et de son impact sur les forces de l’ordre, qu’il ne soit pas mieux connu aujourd’hui. Mais même si vous ne connaissez pas le nom Eugène Vidocq, vous avez sans doute entendu parler des personnages et des agences qu’il a inspirées:

  • Dans les années 1820, Vidocq se lie d'amitié avec de nombreux grands écrivains français de l'époque, dont Victor Hugo (qui aurait aidé Vidocq à rédiger ses mémoires, selon certains). Dans sa pièce de 1862 Les misérablesHugo a incorporé les deux personnalités distinctes de Vidocq dans les deux personnages principaux: le fugitif Jean Valjean et le policier qui n’arrête pas de le pourchasser, l’inspecteur Javert. Vidocq a également inspiré les personnages des écrits d'Honoré de Balzac, d'Émile Gaboriau et d'Alexandre Dumas.
  • Edgar Allan Poe a basé son détective littéraire C. Auguste Dupin sur Vidocq. Dans la nouvelle de 1841 intitulée «Assassinats dans la rue Morgue», le personnage de Poe décrit Vidocq comme «un bon devineur et un homme persévérant. Mais, sans pensée éduquée, il a constamment erré par l’intensité même de ses enquêtes. »Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle était basé, en partie, sur Dupin, qui était inspiré de Vidocq.
  • En 1829, la police métropolitaine de Londres, plus connue sous le nom de Scotland Yard, a été fondée en Angleterre sur le modèle de la Sûreté de Vidocq. Il en va de même pour le FBI, fondé en 1908.
  • En 1990, un groupe exclusif de spécialistes de la police scientifique, d’anciens détectives de la police et d’agents du FBI les plus renommés au monde s’est réuni pour créer une force de lutte contre la criminalité unique. Ils s'appelaient la société Vidocq. (Cette histoire se trouve à la page 445 du Lecteur de salle de bain Canoramic de l’oncle John)

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